Portrait Laurent Ladouari Laurent Ladouari
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Le NanoWrimo approche et dans ma préparation, j’ai pu rencontrer un écrivain que j’apprécie énormément : Laurent Ladouari, auteur de « Cosplay » et de « L’Or des Malatesta », les deux premiers tomes de la série Volution. Je le remercie encore d’avoir pris du temps pour me parler de la façon dont il travaille et pour me donner quelques conseils. Du coup je m’essaye à un nouveau type d’article : l’interview.

Comment vous êtes-vous lancé dans l’écriture ?

Je souhaitais raconter des histoires depuis longtemps. C’était dans un coin de ma tête mais je n’avais jamais pris le temps et j’étais occupé par mon travail. Au bout d’un moment, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai pris un congé sans soldes pour me mettre à écrire.

« Cosplay » est-il votre première tentative d’écriture ?

Oui, je n’avais jamais écrit auparavant, même si je m’y préparais depuis l’enfance. Quand j’ai démarré ce qui est devenu « Volution », je n’imaginais pas devenir un écrivain de S.-F. Je voulais travailler à un scénario de roman graphique pour améliorer mes capacités de conteur. Mais comme je ne connaissais pas de dessinateur qui puisse mettre en images cet univers, j’ai continué à travailler sur l’histoire. Elle me plaisait de plus en plus, les personnages qui surgissaient étaient vraiment surprenants, alors j’ai fini par écrire un roman.

Donc dès le départ vous souhaitiez être publié ?

Pour moi, les écrits ne se transforment en histoire lorsque quelqu’un la reçoit. Vous pouvez raconter une histoire à un enfant, mais il n’y a vraiment d’histoire que lorsqu’il vous fixe dans les yeux, et qu’il vous dit « et après ? » quand votre voix s’arrête. S’il se détourne et commence à jouer c’est qu’il n’est plus intéressé et vous avez perdu. « L’histoire », c’est celle qui captive l’attention… Pour savoir si ce que vous avez écrit est reçu comme une histoire intéressante, il faut que ce soit lu. L’objectif était d’être publié, quel qu’en soit le support.

Lorsque vous avez commencé Cosplay, est-ce que vous aviez dès le départ le plan complet en tête ?

Dès le départ, je savais que le cycle de Volution comporterait 7 tomes. Et pour chaque tome je connais la fin de l’histoire. Le contenu détaillé d’un tome se construit durant l’écriture, ce qui laisse de la place à la surprise, même pour moi. Il y a par exemple des personnages qui ne devaient faire qu’un bref passage et qui au final se sont imposés sur tout le cycle.

Justement, d’où viennent vos personnages ?

J’ai grandi en lisant de la mythologie grecque et en regardant des dessins animés. Lorsque j’ai commencé à écrire, je me suis rendu compte que mes personnages étaient souvent des archétypes issus de la mythologie ou d’œuvres classiques – un diable vengeur, des jumeaux civilisateurs, des mendiants qui se transforment en princes, etc. Pourtant je les aimais beaucoup et l’histoire intéressait ceux à qui je la racontais, alors j’ai continué. Ce n’est pas un hasard si certaines histoires traversent le temps : les thèmes abordés, les épreuves rencontrées dans ces contes touchent les lecteurs car ils viennent heurter un noyau émotionnel qui nous est commun à tous.

Et quel personnage a-t- il le plus emprunté à Laurent Ladouari ?

Question difficile. La bonne réponse serait : « aucun, et tous à la fois ». Katie Dûma, la geekette volontaire et un peu naïve, qui se prend les pieds dans tous les tapis qui peuvent se présenter, me ressemble un peu en prépa ou quand je suis arrivé dans le monde de l’entreprise. Je pensais que les idées avaient le pouvoir de changer le monde et qu’il suffisait de faire valoir son point de vue (j’ai créé le Cosplay pour que des Katie Dûma puissent faire entendre leur point de vue Rires!).
Tancrède Malatesta a été nourri par l’image que je me faisais de Laurent de Médicis quand j’étais enfant. Pour moi il représentait le rayonnement de Florence, la culture, la Renaissance et donc il était nécessairement jeune et beau comme un prince de conte. Ma mère a tout gâché quand elle m’a raconté qu’il était très laid, et que son surnom « Laurent le Magnifique » lui venait des fortunes qu’il dépensait pour acheter tout le monde autour de lui grâce à des fêtes somptueuses. Je lui garde quand même beaucoup d’admiration.

Dernière question sur vos personnages, lequel vous attire le plus ?

J’ai une affection particulière pour Tancrède, qui est le plus humain des Nonpareils et qui, malgré ses failles, n’abdique pas et continue de vouloir changer le monde, de l’élever. C’est la figure du héros, prêt à tout sacrifier, même lui-même, pour une cause. Et bien sûr, Adamas! C’est le personnage le plus mystérieux, le plus énigmatique. C’est un amoureux de la perfection, chaque geste, chaque action est réfléchie et nécessaire, même lorsqu’elles prennent l’apparence du chaos.

Vous êtes placé dans un futur « proche » mais après une troisième guerre mondiale qui a tout changé, pourquoi ?

C’était pour avoir plus de liberté, pour pouvoir créer le contexte que je voulais sans pour autant utiliser un monde contemporain. Comme tout auteur de S.-F., j’ai peur d’être rattrapé par les événements. Les casques de réalité virtuelle n’étaient pas aussi connus à la sortie de Cosplay et quelqu’un qui découvrirait le roman aujourd’hui trouverait cela tout à fait normal. Les événements géopolitiques rattrapent également ce que j’avais en tête avec la situation actuelle entre les États-Unis de Trump et la Chine au travers de la Corée du Nord.

Quelques mots de ce prochain tome ?

Je pense que ce sera le tome le plus difficile à écrire de la saga complète car il doit à la fois clore la première trilogie, donner des réponses aux lecteurs qui en attendent mais je veux aussi que chaque tome puisse être lu indépendamment. Je peux vous dire à ce stade qu’Adamas en est le personnage central et qu’il est très, très en colère.

Quelques conseils pour les participants du NanoWrimo ?

Essayez de vous en tenir à des phrases simples et courtes.
N’hésitez également pas à prendre un sujet loin de vous-même et de votre quotidien, paradoxalement, c’est la meilleure façon de demeurer pertinent.
Ne négligez pas la relecture même si vous avez peu de temps. Faites lire votre histoire à vos proches, et soyez prêts à écouter leurs critiques. Lorsque les gens deviendront attentifs, c’est que vous tenez votre histoire !
Enfin soyez toujours sincères ! On écoute toujours les gens qui parlent avec leur cœur.

Encore merci à Laurent Ladouari pour son temps, bon courage pour l’écriture du tome 3, je suis très impatient !