Histoire courte - Le grand saut cover image

Bonjour, bonjour ! Entre deux chapitres des Faiseurs, et parce que ça faisait un petit moment aussi, voici une nouvelle histoire courte. Cette fois, on délaisse le domaine du Fantastique pour se concentrer sur la peur du vide.

Le grand saut

Je m’avance encore d’un pas. Est-ce mon imagination ou bien l’air s’est encore rafraîchi en 50 petits centimètres ? Ah ! si seulement Alex ne m’avait pas mise au défi de le faire, de me jeter dans le vide ou si seulement ma fierté avait pu se taire pour une fois. Elle et ses idées pourront bien aller au diable la prochaine fois, enfin si je survis à la chute qui va m’emporter, j’en suis sûre. D’un autre côté, je sais qu’elle a fait ça pour m’encourager, pour me donner le petit coup de pouce qu’il me fallait pour me lancer. Ma peur et ma fierté sont les deux faces d’une même pièce, elle a juste fait pencher la balance mais à présent chaque pas me rapproche du précipice et ma peur ne fait que croître. L’équilibre est à présent clairement en faveur de la peur mais je ne ferais pas machine arrière maintenant que j’ai commencé à avancer, ça serait encore pire de faire demi-tour et d’abandonner.

Malgré la peur, c’est comme si mes sens étaient plus affûtés, sans doute pour me préparer à fuir le plus rapidement et le plus loin possible. C’est presque comme si je pouvais goûter l’air que je respire mélange des herbes qui m’entourent, de l’étendue d’eau sur ma gauche et de l’eau claire qui descend des glaciers en haut de la montagne. La brise qui plaque mon t-shirt sur ma peau qui transpire, ajoutant un gout salé sur ma langue. J’entends les encouragements de mon groupe d’ami quelques mètres dans mon dos, comme des oiseaux qui piailleraient dans les arbres. Je m’accroche à leurs voix pour faire le prochain pas et encore un autre. Je suis bientôt au bord de la planche avant le grand saut, trop tard pour faire machine arrière à présent. Je me suis préparée à le faire, sur ces quelques mètres qui m’ont semblé être aussi longs qu’un marathon, j’ai répété toutes les actions que je devrais faire, un millier de fois en un battement de cil. J’ai pensé à tous les scénarios, enfin c’est ce que je pense, envisagé toutes les possibilités si ça se passe mal pour essayer de me rattraper à une corde.

Voilà, j’y suis, je suis tout au bord du gouffre, ce n’est plus le temps de réfléchir mais d’agir, de faire le dernier pas qui me précipitera vers le bas en espérant pouvoir remonter sans anicroches. Mon cœur fait déjà le yoyo dans ma poitrine, comme pour se caler sur le rythme de ma chute avant qu’elle ne survienne. Son boum boum a remplacé les bruits autour de moi, je suis isolée à présent, tout le reste ne compte plus.

Je me lance, après avoir fendu la foule pour le rejoindre en cet instant où il est seul et je l’aborde : « Salut ! »