Histoire courte - Je suis un monstre cover image

Bonjour à tous et bonne année 2020. Bon, on va passer les vœux de bonheur, famille, amour argent et tout ça, j'espère que vous irez bien et surtout que vous profiterez de l'année qui s'annonce. Pour commencer cette année ce n'est pas un mais deux textes qui sortent d'un coup (magie de la motivation associée à quelques jours de congés).
Le premier texte est une très short story sur le thème "Je suis un monstre". Le deuxième texte est dispo ici

Un miroir vide

Ce qui me manque le plus, c’est de ne plus voir mon visage. Sans être celui d'un top-model, il m’allait bien et était ma première rencontre tous les matins dans le miroir. A présent ce n’est plus le cas, je l’ai perdu. Oui, définitivement je voudrais pouvoir le revoir, au moins de temps en temps ; cet amas de chair, de muscles et d'os avec ses creux et ses bosses, mes yeux clairs et ma bouche rosée contrastant avec ma peau claire. Cette zone de l'anatomie où sont concentrés presque tous les sens et pourtant si différente d'une personne à une autre. Je ne suis pas dénué de mes sens. Je peux voir, entendre, sentir et goûter comme avant, mieux qu’avant même, mais tout cela me semble à présent provenir d’un amalgame de nerfs sans forme extérieure. Les autres désagréments dus à ma condition sont mineurs à côté de ça. Rien qui ne puisse se régler avec quelques crèmes et des vêtements adéquats.
Je ne suis pas uniquement perdant, heureusement, et pas peu fier des quelques petites améliorations qui vont de pair avec la perte de mon visage. Fini la maladie, fini le vieillissement, aucune appréhension à l’idée d’avoir de l’arthrite ou Alzheimer. Je vais rester en pleine forme et ce pour un moment si je me tiens à carreau.
Car les autres m’ont prévenu, il est interdit de mettre en danger notre secret, il faut se fondre dans la masse, indétectable. Cela n’empêche pas une petite blague de temps en temps, il suffit de ne pas se faire attraper. Je ne suis pas le seul à en faire, les autres aussi s'adonnent à ces petits jeux. Ma blague favorite est la crise cardiaque. Je suis plutôt bon pour me glisser derrière un petit vieux (ou une petite vieille, soyons équitable, pas de favoritisme) et lui faire une farce à ma façon. Moi ça me fait marrer mais eux ça les terrifie. Bien sûr, en ciblant ces vieux croulants j’augmente mes chances, je suis encore novice après tout et il faut que je m’entraîne. Le moment où j’entends leur cœur s’emballer, vaine tentative pour apporter de l’adrénaline que leur corps ne fabrique plus en quantité suffisante puis s’arrêter faute de force est un petit plaisir dont je ne me lasse pas. Et puis c’est gagnant-gagnant, ça me fait un petit en-cas et fait un inutile de moins à nourrir. Je sélectionne mes candidats moi, je ne suis pas un monstre.