Critique - Le liseur du 6h27 cover image

Aujourd'hui, je vais parler du livre "Le liseur du 6h27" de Jean-Paul Didierlaurent. Ce petit roman m'est arrivé dans les mains d'une manière originale puisque, profitant du beau temps de ce week-end, nous sommes entrés à 2 dans une librairie en chemin pour le jardin du Luxembourg et plutôt que de choisir dans les piles habituelles, j'ai demandé à la personne avec moi d'en prendre un au hasard pour moi. Le hasard faisant assez bien les choses vous allez voir.

Le pitch

Guylain est un homme tout ce qu'il y a de plus ordinaire, de plus anonyme, ce qui lui va plutôt bien. Il travaille dans une usine de recyclage de papier où la destruction des livres invendus lui pèse lourd sur le cœur.
Sa vie est réglée comme du papier à musique, et tous les jours, il prend le RER de 6h27. Durant ce trajet, il sort de sa serviette des feuillets qu'il lit, plus pour lui que pour les autres personnes de son wagon. Néanmoins, sa petite manie va lui faire croiser d'autres individus, chose qu'il n'avait pas vraiment prévu.

Mon avis

Ce petit roman devrait être donné par la SNCF / RATP! C'est l'histoire de rencontres faites au hasard des métros / RER. Guylain qui souffre physiquement de devoir détruire tous ces livres pour les recycler, lit ces quelques pages tous les jours, sorte de rituel qui est avant tout pour lui-même. Les rencontres qu'il en fait sont le fruit du hasard.
Dans son usine, il est écrasé par la machine qu'il manie et d'autant plus par son chef présenté comme un petit dictateur tyranique. Son collègue immédiat est une sorte de sadique servile qui prend plaisir à détruire les livres. Guylain a 3 amis : un ancien collègue de l'usine parti suite à un accident, son collègue régulant les accès depuis sa guérite et qui est alexandrophile (il parle en alexandrins, ou plutôt les déclame) et son poisson rouge. Pas terrible tout ça mais bon... Sans dévoiler ce qu'il se passe, je trouve néanmoins dommage que l'univers de son travail, qui est central dans la première partie, soit purement et simplement abandonnée dans la seconde au profit des rencontres qu'il a fait. Toute la mise en place de cet univers, l'imaginaire construit autout de ça tombe un peu à plat. Néanmoins, cela peut également être vu comme le passage de sa vie monotone et réglée vers une vie plus ouverte et sociale, par nature moins contrôlée. Les deux interprétations se valent, j'aurais cependant préféré un petit retour à l'usine pour, si ce n'est clôturer, au moins faire évoluer Guylain suite à ses rencontres. Toujours sur le thème de l'usine, les personnages du chef et du petit toutou me font trop penser à une caricature. Bien sûr que ce genre de personnages existe mais, au final, ne mettre que ces 2 personnages dans l'usine (je ne compte pas l'alexandrophile qui est à l'extérieur de l'enceinte de l'usine) rend le trait un peu trop forcé.
Les autres personnages sont plus équilibrés, ils ont leurs défauts, leurs obsessions mais me paraissent plus authentiques (on est dans le subjectif le plus pur, j'ai toujours dit que mes critiques l'étaient de toute manière) et plus attachants.
Ce court roman (190 pages au compteur) se laisse tout de même lire très facilement, on a envie de suivre Guylain, personnalité anonyme et presque fier d'être quasiment transparent, invisible, faire des rencontres non calculées qui vont lui sortir un peu la tête de l'eau. Ayant été usagé du RER sur de longs trajets, j'aurais bien aimé que mon wagon soit également un lieu de rencontre, insolite certes, mais après tout pourquoi pas (j'ai bien recontré quelqu'un qui est à present une bonne amie dans un bus).

Conclusion

Histoire C'est original, une tranche de vie d'un homme ordinaire, anonyme qui va devoir s'ouvrir un peu au monde qui l'entoure
Univers C'est la vie de tous les jours, en région parisienne
Personnages J'enlève un peu pour les caricatures de personnages dans l'usine, sinon j'ai bien aimé le reste de la petite tribu
Ecriture Ca se lit tout seul, 3 heures et c'était plié (dont la moitié dans un parc parisien, vive l'été!)
Un peu de fraicheur

Pour un parisien d'adoption comme moi, on se plait à imaginer qu'un jour on aura un liseur dans notre rame, à moins de le devenir soi-même.
Cette fois, le liens ne sera pas un lien Amazon mais vers la plus vieille enseigne de Paris, la librairie du Divan. Donc pour l'acheter c'est par là.