Critique - Days cover image

Bonjour, après "Le liseur du 6h27", retour sur la fournée de la grosse op 2016 avec "Days" de James Lovegrove. Cette fois, pas de magie, pas de monstre, pas de vaisseaux spatiaux, non, une grosse critique du consumérisme.

Le pitch

Days est le premier (et sans doute le plus beau) des gigastores. Ses murs font 2km de côté pour chacune de ses 7 faces. Tout ce qui y est présent est à vendre et tout ce qui est à vendre doit s'y trouver. Néanmoins, malgré ses dimensions titanestques, seuls les détenteurs d'une carte Days y ont accès. Le reste de la population rêve tous les jours devant les vitrines de pouvoir un jour y faire leurs emplêtes. Ce roman relate une journée à Days vue par le prisme de plusieurs habitants du gigastore :

  • Franck est un Fantôme, membre de la sécurité tactique, il arpente le magasin à longueur de journée, caché aux yeux de tous, pour traquer les voleurs. Aujourd'hui, il veut démissionner après plus de 30 ans de service.
  • Gordon et Linda Trivett, couple de banlieue qui a sué sans et eau pendant plusieurs années de privation et d'effort pour obtenir leur carte Silver et qui vont pour la première fois entrer dans ce temple de la consommation.
  • Les frères Days, les 7 fils de Septimus Days qui a fondé le gigastore et qui, à présent, le gère depuis le 7ème étage de leur tour d'ivoire.

A l'extérieur de l'enceinte, le pays est à genou suite à de multiples crises et guerres. A l'intérieur, il s'agit d'un Etat dans l'Etat, avec ses règles, sa police, son faste mais également sa face sombre sur la nature humaine.
Bien sûr, cette journée n'est pas tout à fait normale et les destins de ces personnages vont se croiser dans une danse qu'ils ne maitrisent pas forcément.

Mon avis

Critique totale du consumérisme, le gigastore y est présenté comme l'objectif ultime de signe de réussite de la population. Il faut y avoir sa carte de crédit (de crédit, avec engagement de remboursement transmissible à ses descendants) pour y entrer, sorte de sésame envié par tous et qu'on exhibe plus ou moins fièrement en fonction de sa condition sociale et de la couleur de sa carte (plusieurs existent, chacune indiquant le niveau de crédit de l'acheteur). La population s'y accroche car le reste du pays va mal. Comme le gigastore sélectionne ses clients, les refusés croient en une vie meilleure à l'intérieur. Alors que le pays est en friche, le magasin regroupe en un seul lieu tout le pouvoir du commerce. Tout ce qu'il s'y passe est d'ailleurs ausculté à la loupe mais le gouvernement ne se risque pas d'intervenir, même si un vigile tue un voleur pour l'arrêter, cela est considéré comme normal.
Chaque personnage a ses propres démons et y fait face de manière plus ou moins consciente. Franck par exemple, qui passe si bien inaperçu aux yeux de tous, passe également totalement inaperçu à ses propres yeux au point qu'il n'arrive pas à fixer son reflet dans le miroir le matin. Il sent bien que ce n'est pas normal mais il est figé dans ses habitudes, sa vie réglée, sa personnalité qu'il a mis tant de temps à gommer justement pour son travail. Il veut donc s'en libérer en démissionnant.
Les Trivetts quant à eux ont enfin le sésame, leur carte, pour entrer dans le gigastore. Ils sont encore innoncents, la société propre à la clientèle du gigastore, avec ses codes et son rythmée par les annonces de ventes flash, leur est totalement inconnue mais ils vont y être confrontés de plein fouet, comment vont-il réagir après tous les sacrifices consentis pendant 5 ans pour obtenir cette fameuse carte Silver ?
Les frères Days quant à eux, princes de cet empire, règnent depuis le 7ème étage d'où ils descendent très peu souvent, ne voulant pas se mélanger au peuple. Etre 7 pour diriger le magasin est-il efficace, dans une organisation fixée par leur père qui, même s'il est mort, reste un fantôme de la grande salle du conseil ?
Le chiffre 7 est d'ailleurs omniprésent dans ce roman, à l'origine un obsession de Septimus Days. Dans l'imaginaire, ce chiffre est plus associé au dollar mais le gigastore est en Angleterre. D'ailleurs, les Days se réfèrent au Dieu Argent plutôt qu'à une monnaie particulière. Néanmoins, il est présenté comme une obsession, une sorte de valeur magique pour le commerce : 7 jours de la semaine, un par frère, un par étage du magasin...
En revanche, je trouve que l'histoire met un peu trop de temps à décoller. Bien qu'il faille du temps pour que tous les personnages soient en place, il faut attendre plus de la moitié du roman pour sentir que l'engrenage se met en place et que la marche d'un évènement exceptionnel est lancée, un évènement qui va tous les changer.
Sur la critique de la société de consommation, bien sûr elle y est extrême mais, présentée dans le contexte d'un pays à l'agonie elle pourrait passer.

Conclusion

Histoire J'ai trouvé ça assez original
Univers Le gigastore est une société humaine à lui tout seul, avec ses règles, ses tribus...
Personnages Globalement on veut suivre leurs pérégrinations mais par moment on a envie de leur donner des claques pour qu'ils se réveillent et se bougent un peu
Ecriture Que c'est long à se mettre en place!
A lire

Cette œuvre d'anticipation est assez originale dans sa construction ainsi que dans le thème choisi. Encore une fois, je trouve par contre le rythme un peu trop lent sur plus de la moitié du livre. J'ai eu du mal à passer cette étape mais ensuite je voulais vraiment savoir ce qu'il se passait.
Pour le lien d'achat, cette fois on va sur le site à l'origine de la grosse OP 7 switch, anciennement immatériel.fr où vous trouverez Days en suivant ce lien.